Les morts de Nantes: Dėcès suspects?

26 novembre 2016 –  Trois patients atteints de lymphome sont décédés en quelques jours au CHU de Nantes. Que s’est-il passé au CHU de Nantes?

Presque simultanée de trois patients atteints de lymphome et sous chimiothérapie sont decédé. Ils étaient âgés de 61 à 65 ans. Un quatrième patient ayant suivi le même traitement est toujours hospitalisé.

lymphome-iiQu’est-ce que le lymphome ? Le lymphome est un cancer du système lymphatique, c’est-à-dire du système immunitaire. C’est une maladie encore méconnue alors qu’il est le 5e cancer chez les adultes en France en termes d’incidence:  environ 18.000 nouveaux cas sont diagnostiqués par an. Le lymphome répond en général bien aux traitements, c’est une maladie qui se soigne bien, avec des guérisons ou au moins des rémissions longues. Il y en a cependant 80 types (les deux principales familles sont les lymphomes hodgkiniens ou non hodgkiniens), ce qui en fait une maladie compliquée à diagnostiquer.

Pourquoi le médicament cyclophosphamide a-t-il été utilisé pour ces patients, plutôt que le melphalan? La cyclophosphamide est utilisée depuis plusieurs années dans plusieurs protocoles sans qu’il y ait de souci. Là, elle a remplacé une autre molécule car il y aurait une pénurie. Il faut vraiment se poser la question des raisons de ce manque : est-ce pour faire augmenter le prix de la molécule? Quoi qu’il en soit, nous avions prévenu les autorités de santé il y a deux semaines de ces problèmes d’approvisionnement. Même s’il y a une solution de substitution, il n’y a pas de raison de changer un protocole quand celui-ci fonctionne. Ou quand meme?

Qu’a-t-il pu se passer au CHU de Nantes ? On a du mal à l’expliquer, d’autant que on est tristes et choqués par cette nouvelle. On connait bien le service d’hématologie du CHU de Nantes qui est un centre expert en France et au niveau international. La technique de l’autogreffe (des cellules-souches sont prélevées chez le patient et lui sont réinjectées pour reconstituer les cellules sanguines, après une chimiothérapie intensive), utilisée pour ces patients, existe depuis longtemps et est bien encadrée. Elle permet d’ailleurs d’obtenir de très bons résultats.

Tous les quatre patients ont reçu dans le cadre de leur cure de chimiothérapie intensive un traitement comprenant le médicament cyclophosphamide, en remplacement du melphalan généralement utilisé pour ce type de maladie. Le traitement de remplacement est, en tout cas bien connu; il a été largement utilisé auparavant. Ce traitement par le cyclophosphamide est validé par la communauté médicale. Et il a été utilisé pendant des années pour la prise en charge des lymphomes. Il est actuellement utilisé par d’autres établissements en France, dans le même contexte, sans que de telles complications aient été rapportées.

A ce stade, l’origine des complications n’est pas établie. L’IGAS (inspection générale des affaires sociales) a été saisi par la ministre, et doit déterminer les causes exactes des complications graves et examiner l’organisation, les moyens et les conditions de réalisation des chimiothérapies. De même, une enquête de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) est en cours.

Est ce qu’il y a eu un problème d’approvisionnement? La décision des médecins du CHU de Nantes d’utiliser la cyclophosphamide plutôt que le melphalan, généralement utilisé pour traiter ce type de patients, a été motivée par les tensions d’approvisionnement européennes sur le melphalan et par leur choix de réserver les lots dont ils disposaient au traitement des patients atteints de myélome, indication pour laquelle il n’y a pas d’alternative, a indiqué le ministère de la Santé. Selon l’ANSM, le phénomène des tensions d’approvisionnement et ruptures de stocks est assez récurrent et il n’est pas spécifique à cancérologie.

Y a-t-il eu erreur de dosages ? Des effets secondaires inattendus ? Le pôle santé publique du parquet de Paris a en tout cas ouvert vendredi une enquête préliminaire après ces décès suspects. A ce stade, l’origine des complications n’est pas établie. L’IGAS (inspection générale des affaires sociales) a été saisi par la ministre, et doit déterminer les causes exactes des complications graves et examiner l’organisation et les moyens et les conditions de réalisation des chimiothérapie. De même, une enquête de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) est en cours.

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Professeur de pharmacologie et de toxicologie. Expert en médecine théragenomique et personnalisé el le sécurité individualisé des médicaments. Expert dans pharmaco- et toxico-génétique. Expert en matière de sécurité humaine de médicaments, les produits chimiques, les polluants environnementaux, et des ingrédients alimentaires.

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